Soirée nanars n°2 – « Hitman le cobra »

Hitman, c’est avant tout une scène célébrissime :

Au départ je me demandais pourquoi on ne connaissait qu’un extrait de ce film. Plus exactement, j’avais peur que ce soit la seule scène véritablement drôle.
Ignorant que j’étais.

À vrai dire la seule chose qui m’empêche de dire que ce nanar est la pire daube de toute l’histoire du cinéma, c’est que j’espère voir pire plus tard. Je m’accroche à cet espoir à l’heure où j’écris pour ne pas abuser des superlatifs, un peu comme le collégien n’osant pas écrire à Jessica qu’elle est la femme de sa vie parce que, on ne sait jamais, il pourrait rencontrer un jour une autre fille tout pareil, mais avec EN PLUS des gros lolos.

Dès le début, on a tous compris qu’on n’allait rien comprendre. D’ailleurs y a même pas vraiment de début, et je pense très sincèrement que les mecs ont commencé par le milieu.
Alors du coup nous aussi on a commencé par le milieu, pas le choix, et on a très vite fait pause, débriefing, on était tous d’accord qu’il manquait un début et que déjà, au bout de 10 secondes de film, on ne pigeait strictement rien.
Ce qui en soi est très fort, car d’habitude le spectateur attend quand même un bon quart d’heure pour admettre timidement qu’il ne comprend pas de quoi il s’agit.

On se rendra compte plus tard qu’il n’y a pas de fin non plus, et qu’on saurait difficilement trouver un milieu.

Certes, je suis dur ; pas de début, pas de milieu, pas de fin, qu’importe, c’est pas l’essentiel tout ça. Il y a plein d’autres choses que ce film n’a pas, il serait injuste de ne pas en parler, ça nous a tellement fait rigoler.

Hitman n’a pas d’acteurs valables. Les petits malinous ont tenté de dissimuler ça derrière des nuques longues et des moustaches mais c’est un échec, on voit tout. Même les zoom et les dézoom par milliers n’y changent rien. Faudrait voir en VO, mais en VF c’est tellement plus drôle… En fait, le jeu des acteurs on s’en fout, ils sont tous complètement inexpressifs. Ce qui promet des barres de rire, ce sont les doublages, comme on le voit dans le célèbre extrait ci-dessus (oui oui, c’est comme ça tout le long).

Hitman n’a pas d’histoire. C’est pire que de ne pas avoir de scénario. En gros, des mecs qu’on sait pas qui c’est cassent la gueule à des mecs qu’on sait pas qui c’est non plus, pour sauver les villages qu’on sait pas où c’est des envahisseurs qu’on sait pas lesquels des deux c’est. Moi je crois qu’ils pourraient bien tous se battre contre aucun des deux tellement c’est pas clair. Si vous avez besoin de relire deux ou trois fois cette phrase pour la comprendre, j’ai tout juste vous êtes dans l’ambiance.

Hitman n’a pas de costumier. Je crois que chacun est venu avec ses propres accessoires, perruques et chapeaux qui n’existent pas dans la vraie vie. Quand on voit apparaître un type avec un sac plastique sur la tête avec deux trous pour les yeux, sachant que le sac en question est sensé l’aveugler, on commence par rigoler mais on se sent vite mal à l’aise.

Hitman n’a pas de notions de temps et d’espace. Prenons les scènes de combat : pas besoin de faire une école de cinéma pour savoir qu’ici, on peut voir absolument tout ce qu’il ne faut pas faire. Hop vers la gauche des mecs tirent, plan suivant les autres tirent vers la gauche aussi, plan suivant ça court vers la gauche… Ça court à droite, ça court à gauche, ça court au milieu, des mecs passent dans tous les sens devant vos yeux, meurent dans tous les sens… j’ai même vu un mec re-mourir !
Je sais plus si c’était un chinois ou un congolais. En tout cas il avait une moustache.
Le problème du temps est tout aussi sérieux. Artiste hors pair du nanar, le réalisateur a voulu aller au bout des choses en nous proposant une fine alternance de plans de jour et de plans de nuit. Si les rushs l’avaient permis, je pense qu’il aurait fait 1H30 de jour – nuit – rejour – renuit – rejour… Le résultat reste impressionnant, ON NE CALE RIEN, et même si on essaie de s’accrocher depuis les dix premières secondes, aucun cerveau n’est en mesure d’imaginer où on est, quand on est, qui on est, comment on est, pourquoi.

Je vais pas jouer les critiques de cinéma toute la soirée, d’autres plus doués que moi ont déjà publié sur ce nanar d’anthologie, passons aux moments les plus notables du film.

Notons d’abord un concept médical intéressant. Quand le personnage principal apparaît blessé, la belle Mandy vient aux nouvelles :
« tu as mal?
- oh ce n’est rien, juste une luxation.
- je t’ai préparé une potion ».
La potion anti luxation de l’épaule m’aurait bien intéressé, ces couillons des urgences ont oublié de me la proposer. D’autant que le monsieur repart au combat sans même l’avoir bue, preuve de l’efficacité de la chose.

Notons aussi l’importance des touffes dans le scénario. La touffe sert à dissimuler des passages secrets, et la touffe peut aussi contenir des armes chargées. Lors du combat final, Philippe, le fameux, se retrouve sans arme. Heureusement, il y a une touffe ! Sauvé, Philippe n’a plus qu’à plonger sa main dans la touffe pour en sortir un gun.
On y pense pas assez, à la touffe d’herbe. Avec ça et des potions, on est pas loin de l’immortalité.

Notons qu’Hitman est un film de puissance, tout est puissant dans Hitman. Les cigarettes sont puissantes, les chemises à fleurs, les bandeaux dans les cheveux, les touffes, les phares des 4×4 sont puissants. Ça on l’a tous bien senti, ça ne s’explique pas. C’est peut-être dû aux fabuleux bruitages qui font qu’on entend même la puissance des feux de croisement.

Notons enfin l’intelligence de Mandy lorsqu’elle cache une bande de réfugiés dans sa maison. Les mecs prennent un passage secret (celui qui donne sur des touffes), alors qu’une centaine de militaires armés jusqu’aux dents entrent pour les zigouiller. La demoiselle revient vers l’entrée du passage et interpelle les hommes :
« venez, je vous ai préparé à manger ».
On est donc bien d’accord, elle est sensée être seule dans la maison, et les militaires ne se sont douté de rien quand ils l’ont vue préparer dix-huit kilos de polenta dans sa grande marmite.

Pour conclure à mon grand regret pour ne pas faire trop long, j’aimerais avertir les gens qui prévoient de regarder cette invraisemblable bouse. Nous, on nous avait pas dit, on était pas prêt. Heureusement qu’on était plusieurs sinon il aurait pu y avoir des blessés. Je pense pour de vrai qu’un mec tout seul peut perdre la raison en voyant Hitman le cobra, et je peux le prouver. Au moment où l’un d’entre nous a dit « les gars, y a un truc que je comprends pas », je pense l’avoir sauvé en lui répondant « déconne pas, cherche pas à comprendre, ça fait 40 minutes que rien n’a de sens ». Sinon il aurait cherché, et on l’aurait perdu.

Il faut être plusieurs, faites pas les malins.

Une réflexion au sujet de « Soirée nanars n°2 – « Hitman le cobra » »

  1. Une fois de plus je prends autant de plaisir à lire ton article qu’à regarder le film mon ami! Tu as certainement dû devoir freiner tes pulsions pour ne pas écrire 1000 lignes de plus.
    Moi je suis encore sous le choc de ce navet et j’espère ne pas devoir boire pour oublier ce film comme on boirait pour oublier une nana qui nous a marqué.
    En fait oui! c’est un peu comme une histoire d’amour foirée à chaque fois qu’un nanar se termine. c’est un peu comme certaines de nos « ex », on les détestent et on les aiment en même temps. On regrette parfois qu’elles ne soient plus là mais ça fait quand même du bien quand elles se barrent.
    En tout cas merci et je n’ai qu’une chose à rajouter : « vive la touffe! »

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