Soirée nanars n°3 : Double nanar

Lectrice, lecteur, toi qui ne dors ni ne manges plus depuis plusieurs semaines, toi qui te réveilles en sursaut, la sueur au front, les rares fois où le sommeil prend le dessus sur tes angoisses nocturnes, je viens t’apporter la paix tant attendue.
Toi qui t’inquiétais presque à la folie, pire, toi qui doutais qu’un jour je revienne, troublé à l’idée qu’il puisse m’être arrivé quelque triste mésaventure, eh bien, me revoilà, et rassure-toi, je vais bien. Et toi aussi à présent.
Ça fait bien longtemps que je n’ai pas écrit, je ne pense pas avoir à me justifier. J’avais juste euh des trucs à faire.

Je reviens, et en bon américain que je suis, quand je reviens, je reviens fort. Tout est dans le titre, double nanar, ouais, ça veut bien dire que je vous balance aujourd’hui double rasade de film à chier. J’aime autant vous dire que ça va envoyer du lourd, d’autant plus qu’on est devenu des fines bouches les copains et moi, et que trois ou quatre navets n’ont pas eu l’honneur de mériter qu’on en fasse des critiques. En effet, nous avons estimé que Counter Destroyer, Sharktopuss et d’autres étaient à mettre à la poubelle, pas d’article sympa à en faire tellement ce n’est ni bon, ni drôle.
Les deux élus, par contre, valent le détour. Je vous annonce « White Fire – Vivre pour survivre » et le célébrissime « Turkish Star Wars ».
Bon, le seul problème, c’est que j’ai tout oublié de « White Fire » parce que c’était y a super longtemps. Oh ben ça va hein, je ne suis qu’un Homme, j’oublie les trucs au bout d’un moment, je vais bien trouver comment me dépatouiller avec mes notes.

WHITE FIRE – VIVRE POUR SURVIVRE

couv

Commençons par préciser que la deuxième partie du titre existe vraiment, ce n’est pas une blague, les mecs ont trouvé ça classe. On va ouvrir vite fait le sujet des traductions françaises :
« Ouais les mecs, pour « White Fire » j’ai trouvé « Vivre pour survivre », classe ou pas classe ?
- classe.
- classe.
- grave classe. »
Sujet clôt.

On respecte la recette du nanar.

Première moustache après 40 secondes de film, bonne nouvelle. White Fire s’annonce soit film de roulades, soit film de stress, tellement y a du stress et des roulades dès le début. Ça roule, ça stress, ça roule, ça stress, et nous on est content.
On note aussi que Roger Fellous est directeur de la photographie. Moi je sais pas je connais pas, mais quand même, Roger Fellous quoi.
Y a de la Jeep, y a du lance flamme, y a de la musique qui va pas bien avec les images, on est tout bon. En parlant de ça, notons qu’il n’est pas évident de jouer la mort quand on est blonde, et que le mec qui fait la musique c’est pas son métier. Déjà, comment qu’on fait pour mourir langoureusement, les cheveux au vent, quand on est pas tout à fait actrice, mais alors si derrière, le mec met « Chapi Chapo » c’est encore moins évident.
On respecte les mauvais doublages. Dans l’ensemble c’est pas trop mal, sauf un personnage, doublé par le pire doubleur de l’histoire. L’accent ne ressemble à aucun accent répertorié, on ne comprend rien c’est l’horreur. Il arrive à nous faire croire que l’acteur joue pas trop mal tellement le doublage est pire.
Bagarre à la tronçonneuse, check.
Répliques humoristiques du héros après les bagarres à la tronçonneuse, check.
Gestion du zoom, check.
Gestion du dézoom, check.
Gestion du doute dans les regards, check.
Montage tout raté avec aucune cohérence entre les scènes, check.
Petit bémol à la recette du bon nanar sur une des premières scènes : un nanar a des effets spéciaux tout pourris. Ici les mecs ont voulu faire trop réaliste, et je pense qu’ils ont réellement cramé un mec au lance flamme pour faire les malins. Certes, du coup ça claque, mais je pense que déontologiquement on est pas au top.

Un film de boule.

Après quelques minutes d’observation, je tranche : White Fire est un film de boule. On est en 1985, et on aime mettre en valeur les petits culs des garçons et des filles avec des pantalons taille haute sans poche. Tout le monde y passe. La blonde sexy, normal, mais aussi le héros, les méchants, les ouvriers et les capitaines de bateaux. Et dans les scènes de bagarre, le petit jean remonté 50 cm au dessus des fefesses c’est top crédibilité. Ça rend plus sexy les pauses à la Jean Claude Van Damme pour la gestion des dézoom.

Plan tronçonneuse,
zoom,
fefesses,
dézoom,
zoom regard,
fefesses,
dézoom tronçonneuse,
BIM, sang qui gicle,
zoom regard tourné vers la mort,
blague.

Répliques cultes.

Il y en a une au dessus de tout le reste, mais je vous la garde pour un autre chapitre. En attendant, j’ai bien aimé :
« ils savent tout par un espion à l’intérieur »,
« ça va mal finir » alors que c’est bagarre générale depuis 30 secondes,
enfin, je sais plus qui dit une phrase qu’on a trouvée mythique :
« je suis fatigué, j’ai eu une réunion hier ».
Faut aimer les phrases, perso je trouve celle-ci bien tordante.

 A noter.

Le costumier a fait de la récup. Je pense qu’il a chopé les prototypes ratés des casques de la série « V ».
casque
Dans le futur les portes s’ouvriront en losange, et c’est vraiment pas pratique si tu passes pas bien au milieu.
Les premiers méchants qui apparaissent dans une jeep, qui sont tout méchants. Même leur Jeep est méchante comparé à la Jeep des gentils.
Apparition du premier prototype de Monica Bellucci. C’est la chef des méchants, elle aurait dû être sulfureuse et avoir un accent italien, mais dans les deux cas c’est loupé.
Gros budget plantes vertes.
Le chien joue mieux la mort que les acteurs.
L’acteur principal joue super mal le mec qui pleure.
À une heure, changement de shampooing. Ça doit être Ultra Doux, c’est tout en pétard.
shampooing
Une somptueuse scène de poursuite en bulldozer.
Musique de quand ils entrent dans un bar. À chaque fois que quelqu’un entre dans un bar, c’est la même musique.
Un saut rocambolesque avec roulades complètement injustifiées au début de la baston finale.

Soyons clair sur l’inceste.

Oui parce qu’on a tous clairement eu un malaise quand on a compris le vrai propos du film. L’actrice principale sort toute nue d’une piscine, enfile sa serviette. Son frère, le héros, vient la chercher parce que c’est l’heure de manger. Pour la déconne, il lui enlève sa serviette. Normal me direz-vous, quel rigolo n’a jamais fait ça à sa sœurette ?
Là où on a tous vomi, c’est quand il la regarde de la tête aux pieds et lâche :
« Dommage que tu sois ma sœur ».
Là, quand même, on s’est tous regardé, à la recherche d’une personne qui éventuellement aurait pas trouvé ça bizarre.
Le pire, c’est qu’en fait tout le film tourne autour de ça. Tenez-vous bien :
Quelques minutes après cette réplique, la sœur en question meurt. Le héros est super triste, il le joue pas bien mais il est super triste. Plus tard, il rencontre une blonde et décide de l’envoyer se faire refaire le physique à l’identique de sa défunte sœur. Content de la retrouver, il va pouvoir mener à bien sa mission, et éventuellement la pécho. Donc pendant tout le film, on se dit qu’il va indirectement coucher avec sa sœur, parce que comme là c’est pas sa vraie sœur, à la limite c’est moins grave.
Je vous laisse imaginer le malaise. En plus à la fin ils partent tous les deux, et on sait même pas si il va la baiser.

TURKISH STAR WARS

Turkishstarwarsposter

Allégeons un peu le ton avec cet immense classique du monde du nanar. Turkish Star Wars (c’est pas du tout le vrai titre mais le vrai titre c’est du turque et je suis pas super doué en turque), est le nanar SF par excellence, considéré comme le numéro 1. Pour commencer, il faut savoir que le réalisateur a pris des scènes du vrai Star Wars, les a collées en fond, et a ajouté ses acteurs. Fallait oser, et fallait oser repomper AUSSI les musiques. Sauf qu’au milieu des musiques du célèbre chef-d’œuvre de Lucas, s’est glissé le thème d’Indiana Jones, tant qu’à faire. Beaucoup de gens connaissent ce petit trailer :


(à 1:07, comment se déguiser efficacement en zizi)

Bizarrement, je vais faire plus court sur ce film, parce que je pense qu’il mérite vraiment d’être vu. Les costumes, les acteurs, les dialogues, le scénario, les millions de trucs mal faits, tout ça on s’en fout. Ce qui est bon, ce qui est à mourir de rire, ce sont les scènes de bagarre.
Et l’épée.

Les scènes de bagarre.

Chaque scène de baston de ce film est une pépite. Pas évident à expliquer, c’est juste que les deux héros du film sont tellement sur-vénère, qu’ils feraient passer Bud Spencer pour un acteur de Vaudeville.
Ces deux mecs, faut tellement pas les faire chier, qu’ils t’ont déjà pété trois fois la gueule avant d’être sûrs que t’avais l’intention de les faire chier.
Y en a un qui est tout le temps vénère, alors que l’autre, ben il est tout le temps vénère aussi.
D’ailleurs quand quelqu’un arrive, et quand bien même c’est juste un écureuil le mec, ben ils se regardent, et là tu les vois monter en pression direct.
Faut pas les croiser. Jamais. Y a que la blonde au regard bovin qui se fait pas péter les rotules quand elle croise leur regard, et encore, à un moment j’ai cru qu’elle allait en prendre une. Mais elle s’en sort bien parce qu’elle peut pas parler, et accessoirement y en a un qui veut se la faire, pour la même raison.

Attention, il y a plusieurs façons de péter la gueule à quelqu’un. Tu peux utiliser les arts martiaux mais c’est chiant. Ici, on tape avec les mains tendues au niveau des trapèzes, en bougeant la tête plus vite que tout le reste du corps. Tu vois Zoot le batteur fou du Muppet Show ? Eh ben pareil.
Chaque coup porté à un adversaire est une pure merveille, j’ai envie de me faire les scènes de bagarre au ralenti tellement c’est à se pisser dessus.

Et je pense pouvoir dire au nom de tout le monde, que la scène de baston mythique du film, c’est quand un des deux acharnés pète la gueule d’une espèce de géant rien qu’en sautant par-dessus lui une cinquantaine de fois. Moi une fois j’étais énervé j’ai sauté par dessus un mec, il faisait moins le malin. Il l’avait cherché.

L’épée.

Ça devrait être l’objet le plus convoité de l’Histoire du cinéma. L’épée en or de Turkish Star Wars, celle qui a tout plein de pouvoirs et qui va sauver la planète. C’est moitié une épée, moitié une énorme baguette de pain en épi.
Je mets au défi n’importe qui de me créer un truc moins crédible que l’épée confectionnée pour ce film. Quand le héros se balade avec ce truc en papier mâché doré, c’est du Benny Hill sans le faire exprès. J’irais même jusqu’à dire que les Monty Pythons n’auraient pas fait mieux.
Je vais écrire au Petit Robert et proposer une photo de cette épée pour illustrer le mot « grotesque ». Merci, merci au réalisateur et à l’accessoiriste pour ce grand moment.

Au diable les autres épées, celle que je veux, c’est celle-là. On fera difficilement plus drôle que ce film dans nos soirées nanar, mais on y croit et on s’y remet bientôt.