Écouter Truckfighters augmente l’espérance de vie.

Une étude internationale prouve qu’écouter le groupe Truckfighters est bon pour la santé.

J’ai moi-même mené cette étude dans mon salon, ou du moins je m’apprête à le faire, de façon internationale donc, simplement parce que je suis moi-même citoyen de ce monde et que je parle pas trop mal anglais. Allez, dans un souci d’exactitude et d’irréprochabilité, je corrige :

Une étude personnelle prouvera un jour qu’écouter Truckfighters est bon pour la santé.

Premièrement, parce que je les écoute depuis des années, et je vais super bien. S’il en faut plus pour appuyer mon argument, j’ajoute que mon frangin, qui les écoute aussi, n’a pas de problème de santé particulier. À confirmer, ça fait quelques jours que j’ai pas de nouvelles, mais a priori tout va bien sinon ma mère m’aurait appelé.
On est donc à un bon gros 100% de gens que je connais qui écoutent Truckfighters et qui vont bien. Là je pense que ça calme les détracteurs direct.

Deuxièmement, pour ceux qui ne le sauraient pas ou qui s’en foutent comme du dernier Frank Michael, et je sais qu’ils sont nombreux, Truckfighters fait de la musique dite « Stoner ». Et pas qu’un peu, puisque depuis les plus célèbres groupes fondateurs du genre comme Electric Wizard et Kyuss, les suédois sus-nommés sont parmi les plus virulents défenseurs de la trame Stoner originelle : basses assourdissantes, guitare assourdissante, batterie assourdissante, chant.
Non non, au niveau du chant on se plaint pas. On est plutôt cool dans le Stoner, les hurlements de hyène épileptique on aime pas trop ça, on préfère poser la voix tranquillou, surtout si par chance on a été doté par mère nature d’un timbre rocailleux.
Donc Ozo (Oskar Cedermalm), le chanteur-bassiste du groupe qui n’a d’ailleurs pas un timbre rocailleux, pose la voix. Par contre niveau basse, pour soutenir ses copains et qu’on l’entende il avait deux options : jouer très très très fort, ou se brancher sur la centrale électrique de Stockholm. Je sais pas quelle option il a choisie mais on l’entend.
En guise de conclusion à ce brillant deuxième argument, je dirai que si on entend clairement le bassiste sans se péter la trompe d’eustache avec des cris de chatte en chaleur, ça veut dire qu’on se porte bien.

Ce qui m’amène sans le moindre rapport à mon troisième argument. Être en bonne santé, ce n’est pas seulement honorer le 100 mètres en moins de 10 secondes ou courir après mémé passé 70 ans, ni même le contraire. Être en bonne santé, c’est aussi avoir les idées claires. Les brainstormings, là pour le coup c’est prouvé, ça maintient en forme.
Et pour nous maintenir en forme, chez Truckfighters, ils ont un secret.
L’épuration complexe.
Ça fait classe, surtout parce que je l’ai isolé et surgraissé, mais vous verrez ça n’a aucun sens.
Épuration car le groupe produit une musique sans chichi. L’objectif est d’isoler l’essence du desert rock et de retranscrire le plus fidèlement possible sa propension à éliminer tous les artifices liés aux conséquences dramatiques que la démonstration technique peut engendrer. On épure au maximum, et les moins cons d’entre nous savent bien qu’épuration n’est pas synonyme de simplicité.
Complexe parce que derrière les riffs extrêmement lourds et les patterns de batterie ravageurs se cache un sens de la créativité hors du commun. La différence entre une musique simple et une musique complexe, dites moi si je me trompe, c’est qu’au bout de mille écoutes, on a toujours pas fait le tour des musiques complexes. Quand aux premières écoutes on a eu l’impression d’avoir affaire à un groupe de sauvages, avouez que le succès d’un tel effet relève du tour de magie.
Venons-en aux faits : la musique de Truckfighters fait réfléchir, elle remet en cause tout un postulat erroné disant que le style balourd n’a aucun crédit artistique.

J’en viens à mon dernier argument et pas des moindres. S’il y a un effet réellement étonnant que la musique de Truckfighters peut provoquer sur votre cerveau et votre corps, c’est l’effet que je nommerai « de décrassage ».
Aucun autre groupe, à ma connaissance, n’est capable de créer des appartées musicales de ce niveau. Dans les deux premiers albums en particulier, il y a peu de chansons que l’on ne peut pas diviser en deux : d’un côté la partie chantée, de l’autre une sorte de mini chanson sans texte.
Je vais appeler la deuxième catégorie les « rowenta », parce que quand on est dedans on se sent comme dans un sèche linge à pleine vitesse.
Une rowenta commence par un gros son obsédant, j’ai presque envie de dire hypnotique, introduit avec brio dans une chanson sans rapport apparent. Les riffs d’une rowenta sont simplement extraordinaires, la section rythmique vous fait entrer dans le jeu à force de répétitivité mais vous retourne le cerveau en plaçant avec une justesse déconcertante des tonnes de contre-temps, parfois ça s’arrête et ça reprend avec d’admirables variantes, et ça enchaine les petits coups de génie sans relâche, comme ça l’air de rien.
Les membres du groupe mettent une énergie toute particulière à ces rowentas, à tel point que c’est devenu leur marque de fabrique. Moi, ça me fait oublier tous mes soucis, je déborde d’énergie quand j’enlève mon casque (les plus médisants diront que ça me rend tout speed, mais c’est même pas vrai, c’est le café qui me fait ça).

Je vous avoue que j’ai bien galéré à trouver le moyen d’aborder le sujet. La meilleure façon de donner envie d’écouter Truckfighters, c’est de dire que ça déchire sa mère, mais j’ai voulu développer légèrement, quitte à passer pour un con. En somme, ces mecs là ont un talent fou, leur musique déborde d’intelligence. J’aimerais qu’aux soirées David Guetta on glisse un petit « Chamelion », comme on glisse une petite quenelle de 112, ça éviterait bien des maladies.

Soirée nanars n°1 – « Sand sharks: les dents de la plage »

Ma saison 2012 – 2013 des nanars a commencé. Chaque fois qu’on en aura le temps, mes amis appréciateurs du genre et moi-même regarderons au moins un film à chier dans la soirée, et j’essaierai modestement d’en faire le compte rendu ici.

On commence donc par « Sand sharks : les dents de la plage ». Comme on est pas des petits joueurs, on regarde en VF. J’annonce une belle partie de rigolade, avec mal aux abdos le lendemain.
Mon ami O. m’avait envoyé le pitch la veille : « on fournit le film de la soirée : une histoire de requins préhistoriques qui nagent dans le sable et qui bouffent des gens ».
Bien évidement, l’attente avait été insupportable quand nous nous sommes installés devant mon écran. On avait soif de nullité, on a eu de la nullissimité. A tel point qu’il va être difficile de faire mieux/pire les prochaines fois.
C’est bien simple, la scène d’introduction est à chier, le final est à chier, et tout ce qui se passe entre les deux est à chier. Il en devient difficile pour moi d’en faire une analyse structurée tellement chaque élément du film est au même degré de nullité : ici pas d’arguments antithétiques possibles, pas de nivellement dans la construction de mes paragraphes, car tout est tout nul pareil.
Juste une chose : comme je le disais à un de mes camarades de nanars, je regrette de ne pas croire une seconde, ici, à un nanar involontaire. En tout cas j’espère pour lui que le réalisateur (Mark Atkins) savait ce qu’il faisait, mais si on me disait « non non le mec croyait réellement faire un bon film », je serais d’autant plus fan de cet ineffable navet.
Je vais par conséquent m’auto-convaincre quelques minutes que c’est du premier degré pour que mon analyse soit plus sympa.

Commençons par les effets spéciaux : je pense qu’ils ne représentent pas l’essentiel du budget. Ils sont à chier, on n’y croit pas une seconde, en terme de qualité visuelle on est à peu près au niveau de South Park.
La distribution : je pense qu’elle ne représente pas l’essentiel du budget. J’ai été surpris de voir Corin Nemec, que j’adorais tant dans le rôle de Parker Lewis (et je crois que je l’aime encore plus maintenant que je sais qu’il a eu le courage de jouer dans cette bouse). Pour le reste, je n’ai jamais vu autant d’actrices inutiles, de décolletés inutiles, de dents blanches inutiles. Un clin d’œil à l’actrice particulièrement blonde et inutile qui joue tous les sentiments très mal. Peur, angoisse, colère, détermination, la Cameron Diaz du pauvre joue tout mal. Chapeau. Et je dois souligner aussi le ridicule des scènes de foule, on voit qu’il n’y avait pas de budget pour les figurants, on est à un grand festival et ils sont deux douzaines, c’est pathétique.
Les doublages : je pense qu’ils ne représentent pas l’essentiel du budget. Comme nous l’avons souligné, la ressemblance entre la voix française de Corin Nemec et celle de Kad quand il fait le con à chanter « petit canaillou » est à s’y méprendre. Et c’est le personnage qu’on entend le plus parler, ce qui pousse chaque seconde de dialogue à la limite du supportable.
La bande son : je pense qu’elle ne représente pas l’essentiel du budget. Toutes les scènes sensées être soutenues par la musique ou les effets sonores sont décrédibilisées par une bande son à la « Trotro fait des crêpes ». Déjà, avec de bons effets sonores, c’eut été mauvais, alors là…
Le scénario : plutôt bon. Je déconne, c’est à chier bien sûr. On ne peut même plus parler d’incohérences, les réactions des gens n’ont aucun sens, les dialogues présentent des passages anti réplique culte : c’est l’inverse de la réplique culte, tu l’entends, et le temps que celui d’en face réponde, tu l’as déjà oubliée, à tel point qu’au bout de trois répliques tu sais plus de quoi ça parle.

Par contre, il y a de la scène culte.
Si on s’est tant marré, c’est bien parce que certaines scènes sont gigantesques de non sens et d’inutilité. Oserais-je évoquer le passage où la Cameron Diaz du pauvre étudie les restes du premier requin explosé dans son labo et fait part de ses inquiétudes au shérif ? Un résumé approximatif du dialogue :
« eh bien nous en voilà enfin débarrassés !
- je n’en suis pas si sûre Shérif, je crois que celui-ci était… un nouveau né.
- un nouveau né ? Mais comment pouvez-vous le savoir ? »
- regardez-moi ce morceau (elle lui jette un morceau du requin gros comme une entrecôte), vous avez vu sa taille ? C’est évident, c’est un nouveau né.
- oh mais oui, vous avez raison, c’est un nouveau né ! »
Formidablement mauvais.

J’ajoute mon petit coup de cœur du film, et je pense même pouvoir parler pour tout le monde : nous avons découvert l’homme que l’on surnomme « l’acteur aux deux visages ». Parce qu’il a un don pour changer de visage ?
Non, parce qu’il ne sait jouer que deux expressions. Il a donc son visage n°1, celui qu’il utilise le plus souvent, et son visage n°2 qui apparaît deux fois dans le film. Nous soupçonnons même qu’il ait réussi à se figer quelques secondes pendant la transition entre le visage n°1 et le visage n°2 pour nous présenter une ébauche d’un potentiel visage n°3. Coup de cœur donc pour ce monsieur, le papy dur à cuire tueur de requins, qui nous a offert de belles barres de rire, le doublage aidant bien sûr.

Adeptes du nanar, néophytes en recherche d’un point de départ, ce film est magique. A regarder en groupe pour se moquer et passer une bonne soirée. Moi, j’attends la prochaine avec impatience.

David Lanham

Illustration du graphiste David LanahmCertains artistes ont besoin d’une analyse approfondie pour que l’on comprenne leurs œuvres ou leur parcours artistique. Messages dissimulés, rapports à l’enfance, choix intéressé des couleurs…
Pour David Lanham, je peux me tromper, mais je pense qu’on s’en fout. C’est juste beau, très beau, on se régale des formes et des couleurs, et ça suffit. Parfois il y a un message, mais ça compte un peu pour du beurre.

Les personnages sont rarement humains, Lanham crée des monstres gentils dans des situations inexplicables, et il réussit toujours à les rendre sympathiques. Son sens de l’esthétique y est sûrement pour quelque chose : couleurs vives, maîtrisées mais parfois un peu extrêmes, formes épurées alliées au souci du détail dans les reliefs, les ombrages et les reflets, le tout donne une connotation très innocente aux scènes que l’artiste crée.
Il y a très peu d’angles, tout s’arrondit, et les regards n’en sont que plus naïfs ou bienveillants.

J’admire David Lanham pour sa minutie et son contrôle des détails sans lourdeur. Mais ce monsieur ne se contente pas d’être un formidable artiste, figurez-vous qu’en vous baladant sur son site, vous trouverez des fonds d’écran pour ordinateur de bureau mais aussi pour iPad et iPhone, des icônes classées par thèmes pour donner belle allure à votre Mac et autres goodies. Il a même pensé aux fonds d’écran divisés sur deux moniteurs pour les graphistes qui se la jouent Minority Report, et là c’est plaisir des yeux fois deux.
Le tout en haute définition, et gratuit.
Généreux le bonhomme.

Alors oui, il y a du favoritisme dans l’air, en dehors des fonds d’écran tous ces cadeaux sont destinés aux adeptes d’Apple. Mais les partisans de Bill n’ont pas le droit de se plaindre, ils ont Internet Explorer et Windows Media Player rien que pour eux.

http://www.dlanham.com/

The Sword – Age of winters

Il y a des albums qui ont besoin de temps pour dégager toutes leurs saveurs. Du coup parfois j’ai du mal à classifier certains disques. Aux premières écoutes, « Age of winters » est au mieux un bon album. Perso, j’ai mis du temps à admettre que c’est une mine d’or. Il faut dire qu’en 2006 les quatre suédois nous ont envoyé ce gros missile dans la face sans prévenir, alors j’ai mis du temps à accuser le coup. Il y a du lourd, du très très lourd dans cet album, quelque chose qui me fait penser, avec un peu de recul, qu’il deviendra mythique. A moins que le mot ne soit un peu fort… vous voyez je ne l’admets pas encore.

 Je n’écoute que rarement « Age of winters », d’abord parce qu’il faut être bien dedans, c’est pas le disque à passer en fond sonore pendant les soirées time’s up, voyez-vous, et puis parce que sa violence pourrait m’irriter à long terme. J’ai dit violence, j’aurais dû dire agressivité lyrique. Vous voyez, je suis troublé, car cet album, c’est plein de choses à la fois.

C’est un roman de Dark Fantasy comme ont pu en chanter Hawkwind ou Led Zeppelin, avec pochette totalement en accord avec l’ambiance, et enrichi de sympathiques illustrations sonores (les hurlements d’une horde de loups sur « winter’s wolves », qui dans n’importe quel autre contexte auraient été clairement ringards, mais là, c’est un régal).
En tant que grand amateur de fantasy, je préfère ça aux chants celtiques, enfin moi je dis ça…

 C’est la vélocité de Metallica, les accords qui s’enchaînent sans relâche et sans se ressembler du début à la fin, les ghost notes en aller-retour placées au millimètre (« Iron Swan » ou la merveilleuse « Lament for the Auroch ») à vous faire des trous dans la cuisse droite du jean à force de air-guitariser, un batteur probablement complètement névrosé qui soutient les incessants changements de rythmique avec une agressivité à en fissurer ses cymbales, une imprévisibilité à la durée de vie digne d’un troll des cavernes, mais sans le kitsch de Metallica, sans les efforts pathétiques à essayer de créer des mélodies assez jolies pour que le metalleux lover lambda puisse pécho Jessica dans sa chambrette. Non, The Sword ne cherche à être adopté par personne. Ça sent l’éclate à plein nez, la jeunesse, le naturel.

 C’est un peu du Metal, avec quelques accents Heavy quand même un peu kitschou parfois, des accords de voix douteux (on met pas mal de temps à accepter la voix du chanteur, assez particulière, voir désagréable au début), ça sent moins le désert californien que les musiques du laserquest. Pourtant c’est un peu du Stoner, les guitares sonnent très grave, le chant est complètement monocorde, certains riffs restent encrés dans les boyaux de la tête même s’ils sont incroyablement éphémères, ça sent parfois le trip dans les forêts elfiques ou au coeur des armées trolloques. C’est brutal mais contenu, c’est instinctif mais maîtrisé, c’est intelligemment bourrin, c’est du déjà vu complètement inédit, c’est traînant et incroyablement véloce…

C’est avant tout une réussite totale, qu’importent les qualificatifs, dans dix ans je dirai peut-être que c’est un chef-d’oeuvre comme on ne saura plus en faire. Mais le temps que je m’en rende compte, je laisse l’épée s’affûter un peu à mes oreilles, et c’est promis, un jour, je trancherai.

Poème de 5b

poème de collégienÀ mon dernier déménagement j’ai réussi à perdre un objet qui m’était cher et dans lequel j’aimais me replonger : mon cahier de poèmes de la 5ème.
Je sais pas si vous faisiez ça aussi, mais nous on avait chacun le nôtre, et on se les passait entre nous dans la classe discrètement pour que chacun écrive ce qu’il pensait de nous. Ça a fini par s’appeler comme ça parce que ça tournait toujours au poème, je sais pas trop pourquoi, et Dieu sait comme on est doué en poésie quand on a 12 ans. Des fois ils disparaissaient, ils sortaient de la classe, et ils revenaient une semaine plus tard avec des poèmes de gens qu’on connaissait pas.

C’était vraiment trop bien, les cahiers de poèmes. Moi j’étais fan de Michael Jackson, alors je disais « tu me mets un max d’images de Michael OK? »
Faut se remettre dans le contexte, on devait être grosso modo en 1992, y avait pas les textos et leurs corrections automatiques qui foutent tout en l’air, là on avait les VRAIS textes des copains avec leurs VRAIES fautes d’orthographe.
On faisait d’ailleurs tous la blague des « fotes d’aurtografe » pour donner un peu l’impression qu’on le faisait exprès. Et puis pour le reste, on faisait appel à sa créativité.

Le but de tout ça, clairement, c’était d’abord de collecter de nouvelles images de nos idoles découpées dans Star Club (les plus généreux mettaient même des paroles de chanson qu’on trouvait prédécoupées au dos du magazine), mais c’était surtout de s’assurer qu’on nous aimait bien. Oui, sans faire mon psy de cours d’écoles, ça me semble limpide, on disait que c’était pour rigoler, mais on croisait les doigts pour que les autres écrivent des trucs cool.
Et moi je priais pour que Céline écrive qu’elle m’aimait de façon subtile. Ou Sophie ou Laurence.

Je crois que je me souviens du moment où je l’ai fait tourner, c’était en cours de Maths avec M. Walter, tout haut j’avais dit « ouais écrivez ce que vous voulez on s’en fout », et tout bas je pensais « pitié, pitié faites que Céline écrive subtilement qu’elle m’aime, ou Sophie ou Laurence ou Claire ».
Je n’ai plus revu le cahier pendant plusieurs jours. Il est revenu gonflé de stickers, de coloriages et de poésie prout prout. Il me semble aussi avoir retrouvé plusieurs fois le même poème écrit par des filles différentes. Le fait qu’elles recopiaient des poésies toutes faites n’était pas un secret, mais elles parvenaient à inventer des fautes en recopiant, et ça c’est une performance. Il y avait les filles, qui écrivaient sur l’amour pour toujours et l’amitié pour la vie, et nous les garçons, qui nous entre-insultions joyeusement.

C’est moche d’avoir perdu ce livre. Je me sens coupable pour tous ces collégiens qui m’avaient tout donné, à moi qui les connaissais au mieux depuis deux semaines.
Pour me faire pardonner, je veux rendre hommage à Hélène, qui m’a écrit des vers tristes qui finissaient par « coeur », « pleurs », « mignon » et « pendaison »;
je pense aussi à toi Stéphane, qui avais sorti tes crayons de couleurs pour l’occasion, toi qui coloriais pas si mal pour un collégien de 18 ans,

à toi Sophie, que j’aimais secrètement et qui m’as écrit que j’étais « sympa »,

à toi Salah, qui m’as approximativement dessiné le singe Waïkiki,
à toi Isabel, qui m’as très approximativement dessiné Fido Dido,
à toi Vincent, qui m’as très très approximativement dessiné,

à toi Laeticia, qui m’as écrit partout que tu m’aimais pour toujours et que je n’ai jamais connue,
à toi Julie, qui aimais tant mes « yeux bleus, si bleus comme l’océan » alors qu’en ce temps là déjà j’avais les yeux verts,
à toi Giuseppe, qui m’as mis des photos de célébrités mortes comme Bob Marley, James Dean ou Roch Voisine,
à toi Laurence, que j’aimais secrètement et qui m’as écrit que j’étais « sympa »,
à vous tous qui aimiez bien rigolé avec moi, ah ça oui on a beaucoup rigoler, les autres ont jamais rigolés autant que nous, nous on rigolée plus que les autres,

et à toi Céline, que j’aimais secrètement et qui m’as écrit que j’étais « sympa »…

En ce temps là on en avait rien à foutre de rien, on faisait rimer « liberté » avec « puberté », on dessinait des zizis avec des petites gouttes de pipi, et on riait, on riait… rendez-vous compte, des petites gouttes de pipi… On savait rigoler à l’époque.

Homeland

Dans mon échelle d’appréciation des séries, il y a 4 rangs au dessus de « mauvais ». Il y a les bonnes séries, les très bonnes séries, les excellentes séries, et enfin ce que je nommerai, avec une teinte de poésie toute en retenue que vous apprendrez à m’adjoindre, les « fatch la putain d’sa mère c’est quoi ce truc » de séries.

Homeland est pour moi une très bonne série.

Restez, ça peut quand même être intéressant. Je vais tout de même pas faire mon premier article « séries » sur la dernière catégorie! Je me fais la main et on parlera de Breaking Bad plus tard.

Question con : pourquoi j’aime bien Homeland?
Réponse con mais qui se donne un genre :

Je fais pas de pitch, on verra au fur et à mesure.
La série traite d’un sujet très, trop, beaucoup trop, vomitivement trop exploité par 24H chrono : le terrorisme, ou plutôt la menace terroriste aux États Unis, avec option complot en interne. Pour ceux qui ont vu 24H chrono, vous prenez Jack Bauer, vous lui enlevez son incroyable chatoune, son insupportable propension à tout savoir avant tout le monde (si si, franchement au bout d’un moment… je veux dire, Paul le poulpe à côté c’est Pierre Richard, faut pas déconner), retirez-lui aussi son aptitude à cavaler dix minutes avec trois balles de M16 dans la rotule, et vous obtenez Carrie Mathison, agent de la CIA à Washington, certes très douée dans son métier, mais humaine, c’est-à-dire susceptible à tout moment de se casser lamentablement la gueule.

Normal, me direz-vous, Bauer c’est un mec, alors qu’elle c’est juste une gonzesse.
Bien sur que c’est pas faux, c’est pas faux. Bien sur.

Carrie n’a pas de vie sociale (elle aimerait bien mais elle a pas le temps), elle est bipolaire, elle prend des médocs mais faut pas que ça se sache, elle picole, elle est toujours en retard aux réunions, elle se tape des mecs mariés… Pire, des fois elle est même pas coiffée, elle a pas le temps de prendre des douches, et je vous dis pas comme elle est négligée du maquillage.
Dans une série américaine, avouez que ça fait tache.
Autres taches : pas de beaux gosses au menton trop carré dans les personnages secondaires, pas de playmate, bref, le bonheur.

Mais la clé, le truc trop rare qui me fait apprécier cette série, c’est le réalisme dans le comportement des personnages. Carrie, donc, soupçonne un héros de guerre rentré d’Irak après avoir été pris pour mort durant 7 années d’être devenu lui-même terroriste. En gros d’après elle ce Héros, acclamé dans tout le pays, veut tout faire péter.
Mais comme elle est la seule à penser ça, et comme elle n’a absolument aucune preuve de ce qu’elle avance, elle va se retrouver bien en galère. Et quand son supérieur l’envoie bouler, ben elle fait pas la maligne, elle ferme bien sa gueule, et elle continue de chercher des preuves. Comme dans la vraie vie quoi.

Carrie galère sévère, elle n’a pas d’éclairs de génie improbables en voyant une pub pour du saucisson (voir l’épisode « chaos theory »de South Park avec Jeff Goldblum, saison 7, ils ont parfaitement résumé le problème des éclairs de génie improbables).
Carrie a la lose, elle se fait tout le temps remballer, même par son meilleur ami.
Carrie est prête à coucher pour s’en sortir, même avec son meilleur ami.
Carrie revient bredouille quand on croit franchement qu’elle va trouver des preuves.
Carrie se fait honteusement caler quand elle tend des pièges pourtant bien pensés.
Et enfin, pour les fans de Laurent Ruquier, Carrie se soigne quand elle se fait plomber.

Il y a donc une logique dans Homeland, bizarrement, le réalisme dans les dialogues et les retournements de situation rend la série complètement imprévisible. C’est moche, mais on a tellement l’habitude de voir les personnages des séries agir au service d’un scénario (aussi bon qu’il puisse être), que quand ils ont des réactions normales, on est surpris.
J’illustre : dans l’épisode 10, Nicholas Brody, le fameux héros de guerre, veut convaincre sa femme qu’il doit entrer en politique. Il va donc voir son meilleur ami, et lui demande de parler à sa femme. L’ami s’exécute, sonne à la porte, parle à la charmante Jessica Brody, lui fait un petit bla bla. Ici pas de piano en fond sonore, pas de larmes, rien. Déjà, ça fait du bien. Mais le meilleur reste à venir. Là où dans beaucoup de séries Jessica aurait été tellement émue qu’elle aurait fondu en larmes avant de changer d’avis pour illustrer à quel point l’amitié d’un homme américain peut changer la vie d’un homme américain par américaine interposée, dans Homeland, Jessica réagit comme toi et moi on aurait réagi :
« - attends c’est lui qui t’envoie me dire ça?
- oui mais je pense sincèrement ce que je dis…
- ben t’as qu’à aller te faire foutre pour voir. »

Elle dit pas vraiment ça, je résume hein. D’ailleurs j’ai donné un exemple n’ayant pas vraiment à voir avec l’intrigue principale, mais dans l’ensemble ça se passe toujours comme ça.

Toujours est-il que ça fait du bien, ça apporte de la fraicheur, on respire, et on est d’autant plus content quand la situation se débloque un peu pour faire avancer l’enquête. Pour ne rien gâcher, elle est plutôt passionnante cette enquête, on se prend au jeu dès les premières minutes du premier épisode, tous les personnages sont attachants, il n’y a pas les méchants d’un côté et les gentils de l’autre, ce qui m’amène à lier cette série à un thème que je traiterai plus tard dans ce blog, les puissantes visions du bien et du mal.

Pour finir, je parlerai un peu du meilleur ami de Carrie, Saul Berenson, merveilleusement joué par Mandy Patinkin, chef d’une division de la CIA, barbu extrêmement calme et compétent, particulièrement charismatique. C’est sûrement voulu, mais ce personnage a toute mon affection, je le trouve touchant, le parallèle sur sa vie privée m’émeut sans me souler. Il est d’une tristesse incroyable, il n’a pas d’humour, il est fatigué, sa vie amoureuse est un échec, et il est capable de se transformer en un redoutable meneur d’interrogatoire, limite cruel. Pourtant on voudrait l’avoir comme tonton, et ça, c’est le propre d’un personnage réussi.

J’ai donc trouvé dans Homeland une intrigue aussi bien ficelée que dans les meilleures saisons de 24H chrono (j’abuse de la comparaison, mais faut avouer qu’elle s’impose), mais sans le dégueulis ultra-patriotique ni la perfection masturbatoire de l’Amérique incarnée par un quelconque personnage, et ça, ça n’a pas de prix.

J’aurais voulu parler arabe…

… parce que je ne compte pas les fois où je suis passé devant un groupe de vieux papys qui parlaient arabe entre eux, mystérieux moustachus au costume en tweed boutonné, et où je me suis senti frustré de ne pas pouvoir les rejoindre et taper la causette.

Parce que je suis trop jeune, certainement, pour pouvoir converser avec le vieil arabe qui en a tant vu, mais surtout parce que je ne parle pas un traitre mot de ce langage un peu âpre à mon oreille d’occidental ordinaire, un peu comme le serait un Cahors au palais d’un habitué des sirops pêche-abricot.

Je veux savoir ce qu’ils se disent. J’aimerais connaître leurs sujets de conversation. Qu’est-ce qu’ils peuvent bien se raconter? Est-ce qu’ils parlent du temps, des informations, du poids de l’âge sur leurs articulations, comme les autres vieux? La logique voudrait que oui, mais leurs visages me font penser que non. Ou alors ils prennent ça bien au sérieux, le temps qu’il fait. Ils ont pas du tout l’air de déconner, Laborde n’a rien à voir là dedans. Non, je pense qu’ils ont leurs sujets spécifiques de vieux papys arabes, sujets auxquels je ne connais rien. Ça pose une deuxième difficulté à s’intégrer à la conversation, me direz-vous, mais je suis pas con, si j’apprenais l’arabe je prendrais l’option « sujets de vieux papys arabes », sans quoi ça n’aurait aucun intérêt.

J’apprendrais des mots qu’on ne peut pas traduire en français, des sentiments qu’on ne peut pas exprimer en français, des trucs qui se sont passés et qu’ils ont oublié d’écrire dans les bouquins d’histoire-géo Nathan. J’apprendrais pourquoi le tweed c’est bien, si les blagues sur le Coran on peut vraiment pas…

Alors, une fois que je saurais de quoi on parle et comment on en parle, je passerais innocemment devant un de ces groupes d’au moins sexagénaires au regard grave, et là, enfin, je pourrais réaliser mon rêve…

« excusez-moi messieurs, j’entends que vous parlez du temps qui passe, et il se trouve que c’est un de mes sujets préférés ; vous en pensez quoi, vous, de Catherine Laborde?
- … jeune homme, votre arabe est parfait, je suis impressionné…
- oh non ne le soyez pas, disons que je me débrouille. »

Oui, si je parlais arabe, je me la donnerais parce que c’est la classe.

Et puis on parlerait des enfants, de la France, de l’égalité des chances, de ce qui se passe dans les pays arabes, du temps, d’Abdel, ce sacré déconneur, qui est retourné vivre en Tunisie, du JT de Pernaut. Du petit Rachid qui est apparu gesticulant dans un sujet sur la violence dans les banlieues alors qu’il était juste trop content de passer à la télé.

Et surtout, surtout, je caserais un petit « Flonce Télécôm ». Parce que ça doit vouloir dire un truc particulier en arabe, « Flonce Télécôm », ils le disent tout le temps.

Et puis je m’éclipserais, la baguette à la main et le sourire aux lèvres, heureux et fier d’avoir su, enfin, parler de tout et de rien comme toujours, mais pour une fois pas avec ceux qui m’ont tout et rien appris.

Romain Humeau – L’éternité de l’instant

album Romain Humeau l'éternité de l'instant

Cher Romain,

je t’ai découvert par hasard, un jour où j’ai accompagné ma mère à un concert dans l’époustouflante ville de Vitry le François. Elle connaissait le gamin qui jouait de la batterie en première partie. Moi, j’ai fait la découverte d’un artiste comme il y en a peu, si peu que j’ai eu du mal à y croire.

Je fumais tranquillement mon clope en attendant de me barrer quand tu as commencé à jouer. J’ai fini par me brûler les doigts. L’énergie que toi et tes musiciens dégagiez, la puissance de ta guitare, de ta voix, m’ont traumatisé. Je ne m’en remets plus, Romain, c’était trop pour moi.

Résumons ce que j’ai vu. Un groupe au milieu duquel un type, pas bien grand, dégaine de rockeur 60′s à perfecto, ceux qui se frittaient avec les Mods, donnait tout ce qu’il avait, non pas pour nous éblouir, mais parce que ses chansons, à ce type, sont comme ça, c’est tout. J’ai entendu une suite de chansons survitaminées interprétées à deux-cent à l’heure, quitte à péter des cordes, quitte à en avoir les yeux qui pleurent.

Les miens ont fini par pleurer d’émotion, pourtant je ne comprenais rien à ce que tu racontais. C’est là ton plus, ton génie: tes chansons sont d’une telle violence émotionnelle qu’on a beau ne pas comprendre un traître mot de tes paroles, on les vit quand même, et c’est dur à gérer. Ca s’est confirmé pour moi à la découverte de ton album; ta voix et la musique poussent jusqu’à devenir tout rouge pour exprimer une multitude de sentiments à la fois, passion, haine, rancoeur, dédain, frustration, impatience, démence, grâce, et je craque à chaque fois.

Pour ne rien gâcher, les paroles sont magnifiques, tu as un sens du verbe peu répandu de nos jours, tu fais de la poésie avec du « enculer », tu manipules élégamment les mots, et tes paroles, tu sais les chanter, les gueuler quand il le faut. Un peu comme si Renaud avait été un foutu chanteur. J’avoue que je ne comprends pas toujours tout, même en lisant, et finalement c’est la preuve qu’ils sont efficaces, tes textes. Par exemple, dans les chansons de K-Maro, je comprends tout.

 Ce qui m’achève dans la plupart de tes chansons, ce sont les montées en puissance. Ces moments où tu pars, tu t’oublies, épileptique amoureux, hurleur terriblement puissant et blasé. C’est là, souvent, que je craque. Le courant émotionnel devient trop intense, la pression trop forte. Ce que c’est beau… jamais un artiste hexagonal ne m’a touché autant depuis Gainsbourg, Bashung et Nougaro.

 Ouais, même pas peur.

Du coup j’ai un regret, Romain, c’est de ne pas être allé te serrer la main quand tu es passé devant moi juste avant le concert. Nos regards se sont croisés, j’ai juste dit à ma copine « c’est pas lui qui joue après? Si, hein, il me semble. T’as mes clopes? », mais je ne savais pas. Je t’aurais juste félicité mille fois. Je t’aurais dit que je n’avais jamais entendu autant de passion.

Je ne regrette pas pour moi, mais parce que si tu as pu douter un jour que ton album était grandiose, tu l’aurais lu dans mes yeux.

Je dois écrire un premier article…

…enfin, ce qui devra avoir le statut de « premier article ». Parce que, en vrai, ce n’est pas le premier, mais c’est plus intéressant de commencer par un premier article.
Du coup, j’ai beau chercher, je n’arrive pas à décider du thème qui pourrait servir de commencement à ce blog.
Ce matin au réveil, avant même d’ouvrir les yeux, une question m’est venue : « tiens, mais qu’est-ce qu’ils deviennent, Tokio Hotel? ». J’aurais bien parlé de ça, mais plusieurs raisons m’en empêchent :

1 – j’ai déjà posé la question sur Facebook. Du coup, comme pour l’instant seules mes connaissances lisent ce blog, ça pourrait faire répétitif. En plus, on a déjà plus ou moins fait le tour de la question, et ça a tourné au porno gay incestueux.
2 – il aurait fallu faire des recherches et tout, et si ça commence comme ça, vous allez prendre de mauvaises habitudes, et dans quelque temps vous allez me demander des nouvelles de Lou Bega.
3 – tout le monde sait bien qu’on s’en fout.

Du coup, je me suis dit que je n’avais qu’à expliquer pourquoi j’ai décidé de créer mon blog. Comme premier article, c’est un peu bateau mais c’est pas con. Le problème, c’est qu’avec ma forte tendance à tout tourner à la dérision, j’aurais dit n’importe quoi. J’en veux pour preuve le fait que dix secondes après avoir eu cette idée, le potentiel article avait déjà pour titre « j’ai rencontré Dieu ».
Je vais garder ce titre pour quand j’aurai rencontré Dieu pour de bon, ça pourrait faire un sujet croustillant.

Désespéré, j’ai posé la question à mon rejeton de trois ans. Doutant de ma capacité à développer un texte intéressant sur sa proposition, j’ai du lui expliquer malgré moi que « caca boudin » c’est tout pourri comme titre. Malgré moi parce que j’aime bien en fait, c’est juste que je maîtrise pas vraiment le sujet.

J’ai cherché, cherché, oubliant déjà ma première règle, ne jamais tergiverser, écrire sans réfléchir ce qui me passe par la tête quand au coin du feu, la pipe au bec sur mon tapis de mouflon, je regarde à travers mon verre de scotch haut de gamme mon immense bibliothèque tapissée d’éditions originales, l’échelle de bois placée dans les « B » m’indiquant qu’il y a bien longtemps que je n’ai pas plongé le nez dans un Racine, et là je me dis, « mais pourquoi, pourquoi des fois, les filles, elles achètent des bottes blanches vernies? »

J’ai donc décidé de la jouer honnête. Et d’écrire que je ne sais pas quoi écrire. Ah ben il est beau le blogueur, tiens, ça fait une éternité qu’il la sent trop bien d’écrire tout plein d’articles, et le voilà qui s’élance dans l’art de l’hésitation.

J’hésite…

Je le fais ou pas?…

Bon.

Le 16 janvier 2012, Tokio Hotel lance une application sur iPhone, appelée BTK. Sur cette appli, vous trouverez les dernières news, photos et vidéos du groupe.
En plus de travailler sur cette application, les membres de Tokio Hotel travaillent depuis quelques mois sur leur futur album. Une rumeur dit que l’album pourrait sortir au printemps 2012, ce qui semble improbable étant donné qu’ils sont encore en studio.
Pour plus d’infos sur Tokio Hotel, voir petit 3.

Mars Volta – de-loused in the comatorium

pochette de l'album De loused in the comatorium de Mars Volta

 

 

 

 

 

 

 

L’heure est grave.
Je ne me suis jamais autant détesté qu’à cet instant, car l’idée de juger un homme m’est insupportable. Mais il faut se rendre à l’évidence : un individu dangereux est en liberté, pire, il est autorisé à enregistrer des albums de rock!
Oui!
C’est horrible.
Jon Theodore, batteur du groupe Mars Volta sur cet album, est un dangereux psychopathe. Et personne ne dit rien. Alors je me dévoue, et je m’en vais faire le procès de cet homme, parce qu’il faut bien que quelqu’un le fasse.

Écoutons de-loused in the comatorium. Après quelques secondes d’introduction, prétexte à l’inauguration d’un culte obscure dont la nature m’échappe, Monsieur Jon Theodore commence à taper. Je pense qu’il suffirait d’écouter les premières secondes d’“inertiatic esp“ pour comprendre à quel point cet artiste est condamnable. Qu’est-ce que c’est que cette façon de jouer de la batterie voyons? Et si ses deux complices Cedric Bixler-Zavala et Omar Rodriguez-Lopez ne sont pas en reste, Jon Theodore plus que tout autre n’hésite pas dès cette première chanson à nous annoncer la couleur : ça va chier.
Oui, Mesdames et Messieurs, ça va chier, ce n’est pas moi qui le dit, c’est lui avec sa batterie. Et vas-y que ça tape dans tous les sens, même dans les phases psychédéliques, c’est trop rapide, trop irrégulier pour être bien intentionné. Déjà, quelque chose cloche. Et après ça devient pire.

«Roulette Dares». C’est là, d’après moi, que l’album commence vraiment. Zavala est possédé, son chant est perché, strident, Lopez hésite, il oscille entre riffs torturés et mélodies gracieuses, il voit Theodore emporter ses amis dans une spirale infernale, se bat pour rester un peu tranquille, mais Theodore tape dès qu’il peut en placer une. Heureusement, il se plie parfois à cesser quand les note de basse et de guitare l’amadouent, douces et sensuelles; le néophyte à espoir que ça se calme. Le néophyte, par définition, est bien naïf.
Car «drunkship of lanterns» démarre.

Ce procès pourrait porter exclusivement sur cette chanson si j’étais chien. Si quelqu’un doute des mauvaises intentions du groupe, et de Jon Theodore en particulier, qu’il écoute la chanson 5. Est-ce que l’accusé s’arrête plus de deux secondes de taper, de changer de rythme? Je ne crois pas. Et Lopez est dedans pour de bon, ses notes semblent improbables, on frôle la déraison. Theodore signe son pire délit de l’album, je veux bien sûr parler de ce refrain clairement anormal, dont l’atypisme n’a d’égal que la puissance rock’n’rollesque. Comment pourrais-je dire ça d’une composition terrienne, je vous le demande.
À 3:55, une accalmie. Cette fois même le néophyte se doute que c’est un leurre. Le refrain reprend, et c’est l’ultime décadence. En ce qui me concerne, ma tête bouge toute seule, Theodore soutient son rythme pour la première fois, je ne contrôle plus mes émotions, des larmes d’extase mouillent mes paupières, ils m’ont eu, ils m’ont à chaque fois!

«Eriatarka» semble si innocente en comparaison… un couplet d’une douceur insoutenable, une voix angélique, mais l’illusion est de courte durée. Les refrains sont plus saccadés qu’une départementale Auboise après les neiges hivernales, la batterie et la guitare voient double, ça va trop vite c’est insupportable, et notre envie de bouger les bras dans tous les sens en oubliant la pudeur est la preuve qu’ils en veulent à notre ego et à nos petits coeurs fragiles!
La preuve, à 4:50, ils jouent le même air deux fois moins vite, juste pour nous donner un aperçu de ce que la chanson aurait été s’ils n’étaient pas l’incarnation du mal. Et aussi sûrement pour faire leurs intéressants et nous montrer à quel point ils sont géniaux, mais là n’est pas le propos.
Certes, le pire est fait. Mais le reste est à venir (évidement, me direz vous pour peu que vous soyez taquin, mais le plus taquin des deux c’est moi, alors j’insiste, le reste arrive!). Et les preuves s’enchaînent. Dans «cicatriz esp», Theodore commence doucement, il martèle un pattern régulier et vicieux, place des cymbales à des endroits injustifiés, discrètement, pour finalement retaper de plus belle aux refrains, jusqu’à l’interlude à 3:22 où là ça devient carrément du grand n’importe quoi, et c’est si bon qu’on perd les pédales quelques secondes. La suite est calme, psychédélique, mais le mal est fait, Theodore place quelques roulements diaboliques, et nous, pauvres victimes affaiblies, nous régalons coupablement des notes de guitare anarchiques de Lopez en attendant la prochaine série de coups de boutoir. On croit que c’est fini, mais ils nous ont trompés; après nous avoir endormis quelques minutes, ils repartent pour un couplet et un refrain. Comme si on avait besoin de ça.

Je vous passe «this apparatus must be unearthed» et son rythme jazzy survitaminé, à ce stade on a bien compris que Theodore et son groupe nous veulent du mal.
Pas de batterie sur «televators». Normal, c’est la seule chanson lente de l’album. Un peu plus académique, cette chanson n’aurait su intégrer les coups machiavéliques d’un batteur possédé. Quelques touches de percussions, mais tellement fines que je parie que ce n’était pas lui.
Après avoir entendu Theodore faire son malin sur «take the veil cerpin taxt» en jouant comme Siva sous acide jouerait s’il avait une batterie à portée de main, l’heure est donc au bilan.
Soyons bref, cet album, ma grand-mère n’en voudrait pas. Je critique peu d’albums que ma grand-mère voudrait, mais celui-là, il ne me viendrait même pas à l’idée de lui en suggérer un échantillon. Ce serait comme, je sais pas moi, lui offrir un album de Charles Manson pour Noël. Et si je compare Jon Theodore à Charles Manson, c’est qu’il y a un problème, non? Jon Theodore est fou à lier Mesdames et Messieurs, coupable d’avoir enregistré avec ses amis l’objet d’un plan horrible prévoyant de tous nous rendre fous. Heureusement, cet album n’est pas tombé dans toutes les mains, les grandes ondes ont eu la présence d’esprit de flairer le complot.
Je propose donc que l’on condamne Jon Theodore à rester enfermé avec d’autres fous du même genre, ça ne lui fera pas de mal. Il est même capable d’aimer ça tiens, il a bien fini par enregistrer un album avec Zach de la Rocha, un autre comploteur maxi-nerveux. Et ils se sont appelés One day as a lion. Ca se passe de commentaires.